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Si écologie punitive il doit y avoir, c’est à l’encontre des financements des énergies fossiles

A l’heure où l’on s’interroge sur l’utilisation des 130 milliards d’euros d’épargne accumulés par les Français durant la crise due au Covid-19, il faut signaler que cette épargne, est aujourd’hui investie dans les portefeuilles des institutions financières et elle nourrit l’accélération du réchauffement climatique.

Selon une étude de la Banque de France, le secteur financier européen continue d’augmenter ses actifs dans les énergies fossiles (+ 111 milliards d’euros entre fin 2013 et fin 2019), alors même que 80 % des émissions de gaz à effet de serre sont issues de la combustion de ces énergies !

En France, le législateur a introduit une obligation de transparence pour les investisseurs institutionnels dès 2015, mais le premier rapport sur les politiques de « sortie du charbon » annoncées par plusieurs institutions financières a été publié fin 2020.

L’Union européenne, elle, a commencé à développer une série de réglementations, dont entre autres une classification des activités durables, destinée à flécher les investissements en faveur de la transition vers une économie sans carbone.

Pour autant, des mesures plus offensives sont attendues pour faire baisser de manière rapide et drastique les financements de ces énergies, qui polluent et causent de plus en plus de morts prématurées – près de 100 000 morts par an en France.  Si écologie punitive il doit y avoir, c’est à l’encontre de ces financements.

Un effort inédit de transparence

Le 10 mars 2021 est entré en application le nouveau règlement européen sur la publication d’informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers (Sustainable Finance Disclosure Regulation – SFDR).

L’idée étant (pour faire simple) qu’une transparence accrue incite les acteurs financiers, sous la pression de l’opinion, à faire évoluer leurs pratiques.

Cet effort de transparence est inédit, demain, le détail de l’impact néfaste en matière sociale et environnementale de leurs investissements devra être publié sur leur site web.

Par ailleurs ces mêmes établissements devront publiés des indicateurs concernant les entreprises cibles de leurs investissements : émissions carbone, exposition aux énergies fossiles, impact sur la biodiversité, pollution de l’eau, déchets dangereux, mais aussi respect des droits humains et de l’égalité femmes-hommes. Ces indicateurs ont été développé par des experts européens mettant fin ainsi aux indicateurs « maison » avec une vision restrictive des émissions carbone, dénoncés régulièrement par les ONG

« Tragédie des horizons »

Même si cette nouvelle réglementation est « révolutionnaire » selon le mot de l’ONG ShareAction, elle n’est pas suffisante et devra être complétée par des mesures contraignantes sur la réduction des investissements dans les énergies fossiles si nous voulons avoir une chance d’atteindre les objectifs fixés par l’accord de Paris.

Et les institutions financières en seront les premières bénéficiaires à moyen et long termes. Trop souvent encore, elles maintiennent ces investissements à des fins de pure rentabilité, objectifs de rentabilité prenant le pas sur les considérations environnementales ou les risques climatiques, qui pèsent à moyen terme sur l’investisseur lui-même. C’est ce qu’on appelle la « tragédie des horizons ». Outre l’impact des événements climatiques (risques « physiques »), des risques spécifiques (risque de réputation, risque de chute du prix des actifs sous le coup de nouvelles réglementations environnementales ou de baisse de la demande (risques dits « de transition »)) pèsent sur ceux qui investissent dans les énergies fossiles.

 

Mais ce sont d’abord les coûts sociaux et environnementaux qui doivent nous alarmer. Et ceux-ci devraient être intégrés dans les prix des actifs, afin que les énormes externalités négatives de ces investissements soient prises en compte : il doit coûter plus cher à une banque de réaliser un investissement nuisible pour le climat qu’un investissement bénéfique à la transition écologique (proposition de « facteur de pénalisation brun »).

N’attendons pas de savoir chiffrer à la virgule près les risques climatiques pour agir : leur ampleur précise est encore incertaine, mais leurs conséquences pour la société et le secteur financier ne font aucun doute.

L’ile de France est la région qui abrite une des plus grandes places financières d’Europe et a en cela un rôle à jouer dans l’incitation à la transition écologique du secteur financier.

En seine et marne, Audrey PULVAR s’est rendue sur la site de Bridgeoil à Nonville, pour dire son opposition au projet de nouveaux forages d’hydrocarbures sur place. Elle soutient l’action des riverain.e.s et des élus.e.s, mobilisé.e.s contre cette atteinte à la santé publique et l’environnement.

Mettre fin aux financements, c’est le meilleur moyen de mettre fin aux nouveaux projets.

Gabrielle SIRY

(Le texte ci-dessus est une adaptation de la tribune publiée dans le journal le monde du 25-26 avril 2021. https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/04/23/climat-si-ecologie-punitive-il-doit-y-avoir-c-est-a-l-encontre-des-financements-des-energies-fossiles_6077789_3232.html  )

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